On the Columbia Road: Feuille de route pour le double-diplôme en journalisme

Publié le Mis à jour le

Frais de scolarité, pour l’année 2014-2015 : $60,915
Frais annuels totaux, estimation pour l’année 2014-2015 : $89,375
(source)

Columbia University
Columbia University

Vous aussi, ces sommes vous effraient ? Ce sont les frais de scolarité à payer pour le double-diplôme entre les écoles de journalisme de Sciences Po et de Columbia. La 1ère année de master se fait à Sciences Po (avec des frais modulables et bien moindres), et la 2ème à Columbia, au prix des frais ci-dessus. Au bout des deux ans, on est diplômé des deux écoles, toutes deux reconnues respectivement en France (l’EDJ de Sciences Po) et à l’international (Columbia étant reconnue comme la meilleure école du monde en journalisme…)
Alors forcément, j’y ai réfléchi à deux fois.

Je n’étais pas sensée postuler à ce double-diplôme. Pour être honnête, ça m’a semblé absurde, en apprenant son existence il y a deux ans – le prix est tellement exorbitant. (et même si j’avais voulu, cette somme dépasse de plusieurs milliers de dollars le salaire commun de mes parents, tout de même.)
Retour sur les dix derniers mois, durant lesquels j’ai finalement tenté ma chance, et sur toutes les épreuves démarches dont les futurs candidats doivent prendre connaissance.

Septembre 2013. Fraîchement rentrée d’une année d’échange à Londres, passée à étudier le journalisme à City University, je me promets de tenter de trouver du travail au Royaume-Uni dès la fin de mes études, ou du moins le plus vite possible. Ça tombe bien : lors d’une réunion d’information, l’école de journalisme de Sciences Po, où je viens d’entrer en master, nous reparle de ce double-diplôme, qui m’était sorti de la tête. Effectivement, ce serait le passeport idéal. A la question du prix, l’EDJ évoque de nombreuses bourses aux montants conséquents (17 000 €, $ 20 000…). Les élèves des années passées, en les combinant, sont souvent parvenus à couvrir les frais.

Octobre. Je veux vivre et travailler à Londres. Alors je tente le coup. Avec une ligne directrice : sans bourses conséquentes, couvrant au moins deux tiers des frais, je ne pars pas. Si j’y arrive, je complète avec un prêt en mon nom. Je ne veux imposer aucun frais supplémentaire à mes parents, qui engageront les frais normaux prévus pour ma dernière année comme si elle se passait à Sciences Po.

Novembre. Nous sommes 7 à postuler. Columbia demande un dossier très complet : CV, lettre de motivation bien sûr, mais aussi TROIS lettres de recommandation, de préférence écrites par des profs/employeurs anglo-saxons. (Traduire la lettre fonctionne, sinon.) Des articles en anglais. Et un long dossier de questions-réponses développées, à remplir sur le formulaire en ligne.

15 novembre. Deadline pour la bourse Fulbright ($20 000 maximum, et l’obligation de revenir en France après le diplôme). Nous postulons tous les 7. Ici aussi, le formulaire de motivation est long. Et il faut à nouveau fournir des lettres de recommandation.

Fin novembre. Nous soumettons nos dossiers à Columbia/Sciences Po.

5 décembre. Examen écrit d’une heure, sur les ordis de l’EDJ. Il faut répondre, en anglais bien sûr, à diverses questions d’actualité et de mise en situation.

9 décembre. Chacun de nous passe un oral de motivation et de personnalité, en anglais, avec un professeur de Columbia. Il est en partie basé sur le test écrit de la semaine passée.

Mi-décembre. Le jury Sciences Po-Columbia se réunit. Nous n’aurons de réponse qu’après les vacances de Noël. (c’est long)

9 janvier 2014. Les résultats d’admission nous viennent directement de Columbia, via un mail officiel. Je suis admise ! Ainsi que 5 camarades.

17 janvier. Je repasse un test d’anglais, deux ans après mon 7,5 à l’IELTS. En effet, le test d’anglais que nous envoyons à Columbia doit être valable jusqu’à la diplomation, et le mien vient d’expirer. Je passe donc le TOEFL (180€). Il me faut 114/120, niveau très élevé demandé par l’université. J’obtiens 114 tout pile.

Fin janvier. Nous sommes tous à la recherche de financements. Malheureusement, nous sommes nombreux à être admis cette année (ils n’étaient jamais plus de 4 les années précédentes, nous sommes 6) et les fondations ne semblent plus avoir d’argent. Le Rotary International a modifié sa bourse en 2012, elle n’est plus accessible aux étudiants en journalisme. Le Lion’s Club n’a jamais répondu. Beaucoup de mails de refus.
Sciences Po ne finance pas les étudiants en double-diplôme. L’EDJ a tout de même un contrat renouvelable chaque année avec Google (17 000€), mais il faut le resigner. Nous assistons à une conférence avec Google fin janvier. La signature est alors « en bonne voie ».

Février. Ma région d’origine, la Lorraine, n’offre de financement qu’aux étudiants partant dans l’Etat US de Georgie. Pourquoi ? Je l’ignore. J’abandonne cette voie. Ma mairie m’octroie une « bourse initiative jeunes » d’un montant de 1000€ (500€ d’un sponsor, l’équivalent de la mairie).

15 février. Nous postulons pour la Columbia Financial Aid. Il faut, entre autres, prouver ses propres revenus (pas ceux de ses parents). Je prends une capture d’écran de mes maigres économies (5000€) et croise les doigts.

Mars. J’envoie, via l’école, une demande de bourse à la Fondation Varenne, qui aide les étudiants en journalisme. Ils me répondront dans deux mois, après 5 appels de ma part : ils « considèrent qu’il y a suffisamment de formations journalistiques en France et ne financent pas les études à l’étranger. » Bon. J’ai été mal informée.
Fulbright refuse ma candidature, comme celle de 3 autres camarades. 2 passent l’oral de sélection.

16 mars. Je reçois un mail de refus de la Columbia Scholarship Aid. Les autres ayant tous reçu un montant de $5000 ou $9000, je m’écroule.

19 mars. C’était une erreur. Columbia m’accorde $5000 comme tous mes camarades. Mais mon moral en a pris un joli coup.

Avril. Un appel de l’UNEF à l’administration de Sciences Po pour nous aider restera sans réponse. Nous sommes 6, nous avons reçu chacun $5000 sur les $60 000 à débourser. Les autres se tournent vers leur banque ; moi j’hésite toujours. Dans la situation actuelle, je ne pars pas.

Fin avril. Fulbright refuse les candidatures de mes deux camarades encore en lice. Aucun de nous n’a reçu cette bourse, une première.
Sans la bourse Google, j’annulerai mon départ.

28 avril. Fin des cours. La bourse Google n’est pas encore signée. Aucun d’entre nous n’a reçu une autre aide financière que celle de Columbia. (Hormis les 500€ de ma mairie)

1er mai. Nous devons payer un « enrollment fee » non remboursable de $1000 pour conserver la place que nous a offerte Columbia. Bien que toujours sans ressources financières suffisantes, je paie.

5 mai. J’entre en stage à Télérama pour 2 mois. Nous, les Columbia fellows, n’avons que 8 semaines de stage à valider pour le M1 car nos cours commencent en août aux USA. Les autres -et moi si j’annule…- doivent en faire 18.

15 mai. Nous postulons au Student Housing de Columbia. Il faut remplir une liste de 3 choix de logements (chambre en coloc, chambre individuelle, en dortoir, studio).

30 mai. Un mail de ScholarshipAid m’informe que ma bourse accordée par Columbia a été revue à la hausse : je passe de $5000 à $15 000 ! Plusieurs de mes camarades seront ainsi « rehaussés » dans les 3 semaines suivantes.

Début juin. J’ai un logement du Student Housing. Je paierai $1100/mois. Je m’en sors bien : il est à 4min de l’université, j’ai deux colocs en journalisme eux aussi. Pour accepter, je dois payer avant le 8 juin une caution+premier mois d’un montant de plus de $2000 (1600€). J’hésite : toujours pas de nouvelles de Google.

4 juin. « Enfin! » Ce sont les mots de notre directrice. La bourse Google est renouvelée : il y en a 2, chacune valent 17 000€. Nous sommes 6. Nous avons dix jours pour rassembler CV, lettre de motivation, et créer « un sujet vidéo d’1 min 30 sur un sujet numérique ». Personne n’ayant mentionné la vidéo avant, nous ignorions qu’il faudrait en faire une. C’est peut-être nouveau.

6 juin. Je paie la caution de 1600€. La moitié, le « deposit », est remboursable si j’annule.

Mi-juin. Télérama me propose de prolonger mon stage si je n’ai pas la bourse Google (elle conditionne mon départ). Les cours commencent dans 1 mois et demi. Je n’ai pas de billet d’avion et Google ayant été incertain jusqu’ici, je viens seulement de commencer mon visa. Six mois après mon admission, je ne suis toujours pas sûre de partir, et dois expliquer à mon entourage que rien n’est encore gagné, malgré le peu de temps qu’il me reste.
Pour le visa, je m’y prends très tard et c’est ma faute. Sachez qu’avant de demander le visa, il faut demander à Columbia le document I-20, qui contient un numéro « SEVIS » nécessaire à la demande de visa. Comptez $55 pour l’envoi par FED Ex.

18 juin. Deadline pour la bourse Google. Nous envoyons nos candidatures. J’ai fait une vidéo sur la BD numérique. Chacun a emprunté le matériel, tourné et monté seul, en parallèle de nos stages. Télérama m’a donné congé pour mes jours de tournage : d’autres ont dû le faire à côté.

27 juin. J’AI LA BOURSE GOOGLE (17.000 euros) ! JE PARS !
C’est également le dernier jour de mon stage à Télérama, et toute la rédac fête ça avec moi :) Ce stage a vraiment été passionnant, et le soutien des journalistes m’a beaucoup aidée. Ils m’ont soufflé que j’écrirai peut-être des piges pour eux depuis NY…

Alors voilà. Dans moins d’un mois, j’habiterai à Manhattan et j’étudierai à Columbia. La situation a mis tant de temps à s’éclaircir que je me retrouve aussi excitée qu’effrayée, avec mille choses à faire. Je décolle fin juillet, et reviendrai diplômée, vers fin mai-début juin.
Je vais étudier dans la fac de Jack Kerouac, Hunther S. Thomson, Barack Obama et Ed Harris. (oui.)
Je vais passer dix mois loin de beaucoup de gens – heureusement pas de tous, car un certain grand reporter qui forme avec moi le duo Bock n’ Molle sera de la partie. Mais il y a des au revoirs qui d’avance me serrent le coeur.

Jeune étudiant(e) à l’EDJ, lecteur(trice) curieux(se), ou ami(e) venu(e) lire ceci pour enfin comprendre pourquoi j’ai tergiversé durant des mois sans être capable de répondre à la question « alors, tu pars ou pas ? », j’espère avoir résumé l’histoire mouvementée de mon départ à Columbia dans toute sa sincérité.
Et maintenant, je peux répondre. Oui, enfin, c’est sûr, définitif, effrayant et incroyable : je pars.

3 réflexions au sujet de « On the Columbia Road: Feuille de route pour le double-diplôme en journalisme »

    Brigitte a dit:
    28/06/2014 à 2:36

    Waouh félicitations Pauline! Je suis contente que ça soit confirmée! Profite à fond de ta vie à Manhattan (mon rêve!!) et Columbia, c’est vraiment la classe. Ça en jette sur un CV. Bon voyage, et bonne chance!

    camillelapotre a dit:
    19/01/2016 à 1:34

    Simple curiosité : pour le reste de la somme, tu as fait un prêt ?

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